Je pense qu'il est déjà difficile d'appartenir à une race qui se croit tellement supérieur aux autres. Non, ... qui est en fait supérieur aux autres, jusqu'à ce que quelque chose de plus puissant décide de prendre leur place. Ainsi va la vie et la recherche de puissance de tous et chacun. En fait, nous recherchons tous quelque chose ... la richesse, le pouvoir, une famille, l'amour, un ami, un ennemi, un bouc émissaire sur lequel déverser son trop plein de rage vengeresse, ... la reconnaissance, un chez-soi, l'honneur, ... parfois même des excuses, le bonheur des autres ou même la destruction, le chaos ...
Je considère que j'appartiens à la catégorie de ceux qui ne cherchent rien de particulier ... si ce n'est un moyen ... quelconque, mais un moyen tout de même, un moyen pour me venger, un moyen pour faire souffrir, pour me faire haïr ou pour me faire respecter, ... un moyen d'en finir, finir tout ou rien.
Et j'attends, ... j'attends qu'un jour, ce moyen arrive. Qu'il soit sur un plateau d'argent ou dans la boue, par des personnes que j'aime ou par le sacrifice d'une montagne de mort, quand je pourrais l'utiliser d'une manière très consciente ou lorsque je serais si désespéré pour ne rêver à rien d'autre.
J'attends qu'il arrive ... à moins que je n'ai à le créer moi même ...
Suite à la légère modification dans la vie de ma nourrice, m'a vie a changé ... ou presque.
J'ai décidé de la garder avec moi, après tout, elle me sers bien, me protége et en bonus, elle a désormais une cervelle d'oiseau, donc je ne reçois pratiquement plus de punition si je commets une bêtise.
Ma mère n'a rien trouvé à redire de tout ceci. À vrai dire, elle ne m'a jamais vraiment parlé de quoi que ce soit. Je l'ai souvent regardé ... de loin, bien entendu, elle avait d'autre préoccupation qu'un morveux de 4 ans qui ne sait pas encore comment modifier volontairement les choses qui l'entoure.
On peut même dire qu'en plus de l'avoir observée longtemps, très longtemps, je l'ai étudiée. C'est comme ça que j'ai compris ce que j'étais, ce qui m'attendais dans un monde où ma race règne.
Un règne sans limite, sans remord, sans pitié ou même de considération pour ce que l'on peut appeler toute chose modifiable.
Les mages sont des créatures intéressantes, égoïstes, puissantes et parfois incontrôlables, mais seulement dans la mesure où cela les intéressent, où ils peuvent vraiment faire n'importe quoi sans conséquence.
Voilà ce que j'appelle une race de choix, que dis-je, la race des Rois.
...
À condition bien sûr qu'on fasse partis des êtres admirés, redoutés, suffisament cinglés ou chaotiques pour que les autres prennent en considération leurs actes.
Est-ce mon cas ? Je me regarde et je dirais que non. Les autres me regardent et bien qu'ils n'osent pas me dire quoi que ce soit, non parce que je suis trop fort pour eux, mais bien parce que aucun d'entre ne prend la peine de reconnaître mon existence, je ressens qu'au fond d'eux, ils pensent la même chose que moi.
Donc, comment faire pour qu'un mage différent, une erreur de la nature comme j'ai bien me décrire parfois, puisse survivre dans un monde pareil ? C'est simple, ma réponse est ....
Je ne me suis jamais plains, d'ailleurs pourquoi l'auraisje fait ? Je n'avait aucune raison de le faire. On ne s'est jamais plaint de moi, pourquoi d'ailleurs, j'ai toujours été invisible.
Je suis né une belle journée d'un mois quelconque. J'aime bien penser que c'était une belle journée, après tout, c'était celle de ma naissance. Ma nourrice s'est bien occupée de moi, elle le devait de toute façon, elle m'a pris dans ses bras le jour de ma naissance et elle devait bien se rendre compte qu'elle serait d'ailleurs la seule à le faire.
Elle me chantait des berceuses, me nourrissait, changeait mes langes, me bordait et me dorlotait autant qu'une femme qui s'occupe de l'enfant d'une autre, peut le faire. Autant qu'une femme qui essaye de ne pas avoir trop peur, peut le faire face à un nouveau-né mage.
Plus tard dans ma vie, elle s'est mise à jouer avec moi. Elle m'a appris à parler, à marcher, à manger par moi-même, à m'habiller, tout ou presque rien pour un enfant.
Elle a tout été pour moi, tout dans mon enfance et sa récompense face à tout cela ... une blessure de trop, trop profonde, qui laisse s'échapper une fumée noire, langoureuse, traînante, qui entoure, étouffe, ensorcelle et transforme ce qu'elle touche.
Dire que ma nounou fut transformée en poule géante, juste à cause d'une blessure à mon genou, une coupure que je me suis faite lorsque je suis tombé de l'escalier, un mal que ma nounou essayait de refermer tout en me consolant du mieux qu'elle pouvait.
J'avais 4 ans et j'ai transformé la seule femme au monde qui s'est occupée de moi en un oiseau incapable de voler, de faire preuve de vivacité d'esprit ou même d'un bout de cervelle. Formidable, ça, c'est ce que j'appelle une situation ironique et même une erreur de la nature. Pas elle, bien évidemment, moi ...
